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Histoires de cimetières

Article paru dans le Bulletin Municipal de Brezolles en décembre 2012.

 

A BREZOLLES et ... au-delà.

Histoire de sépultures et de cimetières.

Période néolithique et protohistorique.

La présence d'activité humaine très ancienne est attestée sur la commune par la découverte de pierres taillées le long de la rivière Meuvette et par des fouilles archéologiques récentes sur l'emplacement du lotissement du Petit Chêne.

Le plus ancien site funéraire connu a été découvert en 2008 grâce à la photographie aérienne (Régis Dodin / Société d'Histoire et d'Archéologie du Drouais et du Thimerais). Il s'agit d'une sépulture de l'âge de fer (env. -800, -52), située peu après le pont de Grolu en direction de Saint Lubin de Cravant, dans un champ. C'est un monument circulaire comportant une ou deux sépultures à l'intérieur. Sur le terrain, rien n'est visible. Seule une vue aérienne à certaines périodes de l'année permet de voir une différence de croissance des plantes, liée à la présence de zones empierrées ou de fosses plus humides.

En Eure-et-Loir, la plupart des nécropoles protohistoriques connues se présentent sous la forme d'enclos fossoyés circulaires ou quadrangulaires bien reconnaissables, parfois isolés mais le plus souvent en grands ensembles. Il s'agit de derniers vestiges de tumulus (tertre artificiel composé d'un amas de terre et de pierre élevé au-dessus d'une tombe à incinération ou à inhumation) aujourd'hui arasés.

NB. Contrairement à ce qui est écrit dans le livre d'Edouard Lefèvre en 1852, les « pierres de Justice » ne sont ni des lieux de justice ni des sépultures. Ce sont des blocs de pierres concrétées, reliquats de l'ère glaciaire.

Période du moyen-âge : le premier cimetière de Bruerolensis Vicus.

Brezolles nait vers l'an mille par la création d'un poste de défense avancé, proche de la frontière normande. Le seigneur du Thimerais se protégeait ainsi des incursions et pillages ennemis en faisant construire un petit château fort constitué d'une tour et de murs entourés par un fossé, abritant la basse cour, l'actuel Bourg Viel. Une église en pierre est également élevée.

Il est fait mention du cimetière dans un parchemin, antérieur à 1060, relatant en latin la donation par Albert Ribauld, seigneur du Thimerais (1050-1072), aux moines de Saint-Père de Chartres de l'église de Brezolles et autres biens dont le cimetière et les droits de sépulture. Celui-ci devait se situer au pied de l'abside de l'église (partie inoccupée de l'actuel cimetière), proche de la porte aux Gadelais (ancienne entrée est du bourg). Il n'en reste rien hormis une partie des murs de clôture.

Domus Leprosorum

Le fils d'Albert, Hugues 1er (1072-1090), fait agrandir le bourg par une deuxième enceinte au sud-est. Il est mentionné qu'il existait alors une maison des lépreux qu'il aménage en bourg distinct. Les lépreux étaient sans doute inhumés à part, en général en aval des vents dominants (ici à l'est). Nous y reviendrons plus loin.

Le prieuré

A l'emplacement de l'actuel cimetière se trouvait une maison prieurale, fondée par Albert Ribauld, tenue par les moines bénédictins de Saint-Père. Le prieuré ne va cesser de s'agrandir jusqu'à la guerre de cent ans, par l'acquisition de terrains par les moines pour améliorer leur subsistance (potager, vigne). Les activités du prieuré se terminent en 1789 lorsque disparurent tous les ordres religieux.

[Voir annexe 1: plan du cadastre napoléonien]

Le « grand cimetière » ou Friche Saint André.

A l'est du bourg primitif se trouvait un espace de plus de 4 hectares appelé « la Friche ». Il incluait une mare appelée le Trou de la Mort. C'était autrefois l'emplacement d'un cimetière (déjà signalé dans un acte de 1486). A proximité, une croix dite de la Friche Saint-André, en rappelait le souvenir. On y faisait tous les ans une procession le jour de la saint Jean, fête patronale. Revenons sur l'origine de ce vaste lieu de sépulture.

A l'emplacement de l'actuel collège et avant sa construction, des dizaines de squelettes furent découverts à environ 80 cm de profondeur. Ils étaient inhumés alignés en « épi » dans un fossé, sur un lit de chaux, dans deux allées perpendiculaires formant une croix. Certains ossements gardaient encore une pointe de flèche. Ce sont probablement les restes de combattant de la bataille de Verneuil.

La bataille de Verneuil.

A trois kilomètres de Verneuil, à proximité de l'actuel château de Charnelles (près de Piseux) se déroula en pleine guerre de cent ans, le 17 août 1424 la bataille de Verneuil. 11000 français alliés à 7000 écossais affrontent 14000 anglais commandés par le régent Bedford. 12000 archers  franco-écossais engagent un duel de trois quarts d'heures. Puis leurs alliés mercenaires espagnols et lombards contournent ce combat d'archer et s'attaquent aux anglais. Finalement les français battent en retraite et les écossais encerclé sont massacrés par les anglais. La bataille se solda par une victoire de l'armée anglaise, alliée des Bourguignons, dont le but était d'achever de conquérir le royaume de France. Les témoins de cette bataille qui fit 7000 morts furent marqués : «  c'était, dit un contemporain, un spectacle affreux que celui des monceaux de cadavres entassés et pressés sur ce champ de bataille ». A la honte de l'avoir perdue, venait se joindre l'horreur d'une misère profonde, fruit d'une guerre incessante qui durait depuis de longues années.

Illustrations : portrait du Duc de Bedford / Miniature de la bataille de Verneuil

Au lendemain de cette sanglante et désastreuse bataille, on donna à Paris au cimetière des Innocents un spectacle macabre anglais fait de danses allégoriques sur la mort, ceci en présence du duc de Bedford et du duc de Bourgogne. Puis sur les murs du charnier de ce cimetière fut peinte en six mois une danse macabre (la plus ancienne connue et aujourd'hui disparue dont une gravure nous est parvenue). Le thème des danses macabres fut repris maintes fois par la suite.

Une plaque commémorative apposée sur les murs du château de Charnelles (créé au 19ème siècle près de Piseux) rappelle cet épisode historique.

Cimetière des Innocents à Paris avant sa destruction.

Ci-dessus: reproduction d'une gravure de la danse macabre inspirée de la bataille de Verneuil.

Pour les passionnés de bandes dessinées, sachez que la bataille de Verneuil est illustrée avec brio et exactitude dans : Le trône d'argile, tome 5 : la pucelle, de France Richemond, Theo et Pieri, Delcourt 2012, Pages 18 à 21.

Un cimetière pour les « pestiférés ».

Le cimetière de La Friche Saint André a sans doute servi également à inhumer les victimes de la peste. On sait que cette épidémie s'est propagée par vagues, en 1347-48 et notamment à Chartres en 1504, en1628 et en 1629.

Avec l'extension de la lèpre aux 9 ème et 10 ème siècles, les léproseries deviennent très courantes dans le moindre bourg sous forme de refuge. Les lépreux ayant pris pour patron saint Lazare (supposé mort de la lèpre), dont le nom fut changé en saint Ladre, furent ainsi appelés Ladres, d'où les noms de ladrerie, maladrerie et lazaret. A Brezolles, la maladrerie était justement à proximité de la Friche, et bien sûr éloignée des habitations. Ce quartier portait au 12ème siècle le nom de bordelli de brurolli. Notez que le terme borde ou bordel désignait des baraques (cabanes en planches) de lépreux.  L'accès en était difficile aux personnes du dehors, excepté le jour de Pâques. A Brezolles, la communauté des lépreux (et probablement d'autres sortes de malades : variole, maladies de peau) était si importante qu'on leur construisit une chapelle (dédiée à Ste Madeleine et St Marc, avec son cimetière). Elle se situait à l'emplacement de l'actuelle annexe de la D.D.E, route de Dreux. La lèpre finit par disparaitre au 17ème siècle et la maladrerie fut englobée par l'extension de l'agglomération.

Le siècle des lumières.

Louis XIV, soucieux de son image, a voulu imposer à tous l'idée d'état et de modernisation. Il a ainsi signé de sa main en 1672 un décret regroupant à l'Hôtel-Dieu de Brezolles déjà existant, la maladrerie de la Friche (érigée alors en seigneurie, et dont les revenus attisent les convoitises) et celle de Bérou. Les revenus sont ainsi reversés sous forme de pension à des officiers d'armée. Il n'est fait nulle part mention de lieu de sépulture propre à l'Hôtel-Dieu destiné aux malades indigents.

De la Révolution (et ses effets) à nos jours.

En 1792, les biens ecclésiastiques sont confisqués et mis à la disposition de la Nation. A Brezolles, l'église, la confrérie de la Charité (qui rendait aux morts les derniers honneurs) et le prieuré perdent alors toutes leurs propriétés acquises au cours des siècles par des dons de particuliers, afin de garantir le repos éternel de leurs âmes. L'église devient Temple de la Raison, puis atelier à salpêtre. Il fallut ainsi libérer de la place et exhumer les corps enterrés dans le chœur ou sous les bancs qu'ils occupaient de leur vivant. Par exemple, on a exhumé le corps de Marguerite de Morais (belle sœur de la marquise de Sévigné), épouse du seigneur de Brezolles Nicolas de Morais et inhumée le 10 octobre 1652.

La porte de l'église donnant sur le prieuré est murée (et toujours visible extérieurement en l'état actuellement). Le prieuré est vendu, puis une partie du terrain est récupéré pour devenir l'actuel cimetière. Celui-ci s'agrandit au fil des ventes de parcelles de terrains jusqu'au 19ème siècle. L'ancien cimetière est désaffecté.

[Voir annexe 2 : plan cadastral de 1879, projet d'agrandissement du cimetière]

Au cours du 19ème siècle, la butte du château dont il ne subsistait que des ruines est arasée. En démolissant ces ruines, on a trouvé (d'après E. Lefèvre) « divers ossements humains qui ont donnés lieu à une remarque singulière, c'est que plusieurs têtes avaient le front aplati du côté gauche, sans qu'on y vit néanmoins aucune rupture ».

Un nouveau cimetière pour Brezolles

Comme chacun a pu le constater, notre cimetière est bien rempli. La municipalité n'a pas eu besoin  d'arrêté municipal décrétant qu'il est « interdit de mourir sur sa commune», comme d'autres l'ont fait, pour alerter les pouvoirs publics lors de situation critiques (risque d'épidémie, canicule...). La décision de construire un nouveau cimetière a été prise et les travaux sont commencés. L'emplacement est derrière le stade, près du tennis couvert.

 

 

Annexe 1. Plan de géomètre daté du 21 février 1879. Projet d'agrandissement du cimetière. Le plan est repris du cadastre napoléonien de 1837 (archives départementales consultables en ligne).

Ce plan est intéressant car on voit encore  l'implantation des maisons en arc de cercle autour de la place de l'église, telles qu'elles étaient avant leur destruction en 1878 pour ouvrir l'accès du Bour-Viel vers l'église. Cette organisation se superpose à ce qu'était l'emplacement de l'enceinte du château et de son fossé, rasé et comblé cette même année.

Devant l'abside est inscrit « partie de cimetière à convertir en place ». Le vieux cimetière primitif était donc désaffecté ou en passe de l'être. Notez la limite en rouge du cimetière à 42 m des habitations, jugée à l'époque insuffisante.

 

 

Annexe 2. Projet d'agrandissement du cimetière, sur un plan daté du 24 avril 1879.

Sur la légende de ce nouveau plan, il est précisé :

A-B-C-D-E-F-G-H-I-J: enceinte comprenant bâtiments, cour et jardin cédés gratuitement par M. Guet, curé de Brezolles. Contenance 6,50 ares.

D-E-F-M-N : verger à acquérir de Mme Veuve Merville. Contenance 6 ares.

Contenance du cimetière actuel : 26,80 ares. Contenance totale : 37,17 ares.

Le cimetière s'avère en fait déjà trop petit. En 1888, le nouveau maire, M. Buzot suggère d'en créer un nouveau hors du bourg. Il est approuvé par une petite majorité au conseil, mais la population est opposée à ce projet et exige son maintien au pied de l'église. Pourtant la distance entre les murs du cimetière et les habitations est inférieure aux normes. Malgré l'appui du ministre envers le maire, les limites du cimetière seront reculées vers le nord, pour que personne ne perde la face.

 

 

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Pour terminer, un document concernant la location de corbillard, avec ou sans cheval, en 1928.

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Mairie de Brezolles                                                                                            Arrêté règlementant le service du corbillard.

Nous, Maire de Brezolles,

Vu l'article 94  de la loi du 5 avril 1884  sur les pouvoirs de police des maires

Vu l'article 97 # 4  de la même loi sur les inhumations,

Arrêtons

Art. 1er : le corbillard appartenant à la commune sera à la disposition de toutes les familles sans exception qui en feront la demande à la mairie pour les inhumations des personnes de la commune,

Art. 2 : il pourra être donné en location pour les inhumations et cérémonies funèbres hors commune aux familles qui en feront la demande,

Art 3 : dans tous les cas, le corbillard sera fourni non attelé. Les familles qui voudront s'en servir avec cheval devront prévenir à la mairie vingt quatre heures à l'avance pour permettre l'équipement en conséquence.

Art. 4 : s'il est fait usage du corbillard attelé, le conducteur sera responsable de tous accidents qui pourraient survenir par le fait de son cheval au cours des transports ou des cérémonies funèbres.

Art. 5 : les familles seront rigoureusement responsables de toutes les dégradations qui pourraient survenir soit au corbillard soit aux garnitures pendant la durée du service.

Art. 6 : le tarif suivant sera applicable :

1) Pour la commune de Brezolles,

1ère classe, tentures avec grands panaches.........75 f

2ème classe, tentures avec petits panaches..........30 f

3ème classe, tenture sans panaches ............................15 f

Location facultative du drap mortuaire....................20 f

2) Hors commune, tarifs doublés.

Art. 7 : pour les inhumations hors commune et afin de préserver des intempéries les ornements du corbillard, ceux-ci ne devrons être utilisés qu'aux moments de la cérémonie à l'exclusion du voyage aller et retour.

Art. 8 : la perception des sommes ci-dessus sera faite au moyen d'un titre de recette délivré par le Maire au receveur municipal de la commune de Brezolles, chargé du recouvrement.

Fait en mairie à Brezolles le 17 août 1928

Le Maire                                [Suivi du tampon de la préfecture : vu et approuvé le 29 sept 1928]

 

 

J-L J

 

 

Dimanche 25 Juin 2017