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LA PRINCIPAUTE DE BREZOLLES

 LA PRINCIPAUTE DE BREZOLLES

 

DITE « DE MANTOUE » (1566 - 1654)

 

Chronologie :

Statut de Brezolles :

 

 

Jadis...

Non habité.

Lieu de passage (voie romaine)

vers l'an 1000

Fondation de Brezolles

 

CHÂTELLENIE

 

1566

 

1654

 

PRINCIPAUTE

1654

 

 

1789

 

DOMAINE

SEIGNEURIAL

1790

 

 

à nos jours...

MUNICIPALITE

(Tillionbois, 1er maire)

Par définition, une principauté est un territoire gouverné par un prince. Au sens plus large et récent, le terme de principauté est employé abusivement pour des territoires  ayant une grande puissance par rapport à certains fiefs féodaux comme les comtés, les duchés et autres baronnies. Avec l'ancien régime, quand le titre de prince est créé, il ne s'agit que d'une distinction protocolaire sans effet sur le territoire dépendant de ce prince.

 

Au Moyen Âge, on parle de principauté pour distinguer une entité politique de premier ordre à l'intérieur d'un Etat souverain et englobant d'autres entités secondaires. Il peut s'agir d'un comté, d'une marche ou marquisat, ou d'un duché. Il peut s'agir d'une terre, seigneurie ou petit Etat auquel est attaché le titre de prince, ou dont le chef a rang de prince (qu'il soit duc comme ici à Brezolles, grand-duc, etc.).

 

A partir du XIV è siècle, des comtés vont être élevés au rang de duchés pour être donnés en apanage à des fils de France, tels le duché d'Alençon dont dépendait Brezolles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DIVISION ADMINISTRATIVE DU ROYAUME

EN GENERALITES.

            Une généralité est une circonscription administrative majeure.

Brezolles et Senonches dépendaient de la généralité d'Alençon. Celle-ci fut  créée en 1637 par Louis XIII, son ressort concernant la Normandie et le Grand Perche. Auparavant, ces régions dépendaient de Rouen.

La généralité d'Alençon se composait de 9 élections et 18 subdélégations.

Généralité d'Alençon / Election de Mortagne  / Subdélégation de Senonches et Brezolles.    

 

 

LES DEUX MOITIES DE BREZOLLES

En 1291, Charles 1er de Valois reçoit en apanage de son frère, le roi Philippe le Bel, une partie du domaine royal : le comté d'Alençon et du Perche, dont fait partie la seigneurie de Châteauneuf. Le comte (devenu duc) d'Alençon devient alors seigneur de Châteauneuf et par la même occasion seigneur de Brezolles « bis » puisque le seigneur local était tenu envers lui à tous les devoirs seigneuriaux. A partir de cette date, le seigneur de Brezolles est affublé du titre « seigneur de Brezolles en partie » car propriétaire de seulement la moitié du château en indivis avec le seigneur d'Alençon à qui il fait allégeance.

 

Tableau récapitulatif de la chronologie et des personnages nobles de cette période.

 

Rois de France

 

Dates de règne

 

Régime

Seigneurs

de Brezolles

(apanage royal)

Ducs de Mantoue

Seigneurs de Brezolles

(« en partie »

depuis 1291 )

 

Evènements majeurs

1560 - - - - - - - -

 

 

Charles IX

 

 

1574 - - - - - - - -

 

 

Henri III

(frère de Charles IX)

 

1589 - - - - - - - -

 

 

Henri IV

 

 

1610 - - - - - - - -

 

 

Louis XIII

 

 

1643 - - - - - - - -

 

 

 

Louis XIV

 

 

 

 

1715 - - - - - - - -

Châtellenie

 

1566 - - - - - - -

 

 

 

 

 

 

 

 

Principauté

de Mantoue (Brezolles et Senonches)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1654 - - - - - - -

 

1737 :Comté

 

 

 

Seigneurie

Jusqu'en 1789

 1563 - - - - - - - 

 

 

 

 

Ludovic (Louis) de Gonzague

(1539-1595)

 

 

 

 

 

1595  - - - - - - -

 

 

 

Charles 1er de Gonzague

(1580-1637)

 

 

1637 -  - - - - - -

 

Charles III de Gonzague(1629-1665)

 

1654 - - -  - - - -

 

François Marie de Broglie

 

 

 

1709 - - - - - - -

Famille d'Aché

 

 

 

 - - - - - - - - - - -

Jacques de Morais

(env. 1570-1596)

 

 

 

 

 

 

 

 - - - - - - - - - - -

Urbain de Morais

(env. 1604-1628)

 

 

 

- - -- - - - - - - - -

Nicolas de Morais

(1629-1643)

- - - -- - - - - - - -

 

 

 

François de Morais( vente à Fr. Marie . de Broglie et réunion des 2 parties de Brezolles.)

Régence de Catherine de Medicis

(mère de Ch. IX)

 

 

1572 : massacre de la St Barthélemy

1575-1595 : crise économique

 

 

 

 

 

1594 : sacre de Henri IV(Chartres)

 

1598 : Edit de Nantes.

Reprise de la prospérité.

 Régence de Marie de Médicis

 

1624 : Ministère de Richelieu

1625 : reprise de la lutte contre les protestants.

1642 : Mazarin principal ministre.

 

1648-53 : Fronde parlementaire puis Fronde nobiliaire.

1661 : début du règne de Louis XIV

 

 

 

UN PROCES DE 33 ANS CONTRE LE ROI

 

En 1525, les biens apanagés du duc d'Alençon Charles IV (époux de la sœur de François 1er) sont saisis par la Couronne car il n'a pas de descendance. Ses deux sœurs protestent car selon le droit féodal, la baronnie de Châteauneuf ne faisait pas partie de l'apanage. Elles entament un procès qui durera 33 ans.

            C'est ainsi qu'en 1558, à la fin du règne de Henri II, les châtellenies de Châteauneuf, Senonches, Brezolles et Champrond furent détachées du Perche et constituent les « terres démembrées ». Le règlement définitif de ce litige intervient en 1563 avec le roi Charles IX qui reconnut le droit des héritiers du duc d'Alençon : Marguerite Paléologue, épouse de Fréderic de Gonzague (duc de Mantoue) et son fils Louis de Gonzague (duc de Nevers, ci-contre). Brezolles et Senonches seront érigés en principauté en 1566.

            Les Gonzague de Mantoue deviennent donc seigneurs suzerains de Brezolles et Senonches, tandis que les sieurs de Morais assument parallèlement le rôle de seigneurs de Brezolles « en partie ». 

 

Louis de Gonzague

Extrait de : Mémoires historiques sur la ville d'Alençon et sur ses seigneurs. Tome II; 1787.

Les représentans des soeurs de Charles, duc d'Alençon, avoient recommencé le procès au sujet de sa succession. Ils demandoient toutes les terres qui avoient été acquises & unies, soit au duché d'Alençon, soit au comté du Perche, & en général, toutes les autres acquisitions de leurs prédécesseurs: Aligret plaidoit pour eux, & Lizet, avocat-général, pour le roi. Après plusieurs plaidoiries, où Lizet soutenoit que tous les objets unis au duché d'Alençon, de quelque nature qu'il fussent originairement, & quoique représentans d'autres biens que ceux donnés pour apanage, étoient devenus, dès le moment de l'union, un bien domanial & patrimonial de la couronne. L'affaire fut appointée, & n'a jamais été jugée. Charles IX transigea avec ces représentans les 2 & 22 février 1563. Il donna par la première transaction, aux représentans Françoise d'Alençon, Nogent- le- Rotrou, Châteauneuf-en - Thimerais, Senonches, Champrond, Brezoles, pour les partager avec les représentans d'Anne d'Alençon, & subrogea ces terres aux acquisitions faites par la maison d'Alençon. Par la seconde, passée avec Ludovic de Gonzague, duc de Nevers, fils de Frédéric de Gonzague, II du nom, premier duc de Mantoue, & de Marguerite Paléologue, marquise de Montferrat, & petit-fils d'Anne d'Alençon, le roi s'y réserva les cas royaux, & en attribua la connoissance, par lettres du 15 juin 1566, vérifiées le 11 juin suivant, au bailliage de Chartres. Ce seigneur eut en partage, de la maison d'Alençon, les seigneuries de la Guerche, de Pouancé, de Château-Gontier, de Senonches & de Brezoles. Charles IX érigea ces deux dernières, par lettres du mois de février 1566, en principauté, sous le nom de Mantoue.

 

IL ETAIT UNE FOIS UN PRINCE...

 

Par le cheminement des ces évènements juridiques et filiaux nous trouvons à la tête des châtellenies de Brezolles et Senonches dès 1563 un jeune prince italien de 24 ans, Louis (ou Ludovic) de Gonzague. Il est le fils de Frédéric de Gonzague, duc de Mantoue (Mantova en Italie),  issu d'une famille puissante, et de Marguerite Paléologue, descendante du dernier Duc d'Alençon.

 

 

Louis de Gonzague

 

Louis est né le 18 septembre 1539 et arrive en France à l'age de 10 ans, naturalisé par lettres du roi Henri II. Au service de l'armée du roi, il s'illustre en Picardie et au siège de Saint Quentin. Blessé et fait prisonnier (1557), il refuse les avantages offerts par l'ennemi espagnol pour le détourner du parti du roi Charles IX. Celui-ci le récompense en érigeant les terres de Brezolles et Senonches en principauté sous le nom de Mantoue.

 

Par ses origines, sa grâce royale et son mariage en 1565 avec Henriette de Clèves, suzeraine du duché du Nivernais, il se trouve à la tête de vaste fiefs (Baronnie de la Guerche en Anjou, Pouancé, Château-Gontier, Senonches, Brezolles, etc). Son épouse lui apporte le titre de Duc de Nevers, titre qui sera le plus retenu par les historiens bien qu'il fût créé prince de Mantoue. Ils avaient tous deux un point commun familial : leurs grand-mères, Françoise d'Alençon pour Henriette et Anne d'Alençon pour Louis, étaient sœurs. Il est aussi duc de Rethel.

Louis de Gonzague et Henriette de Clèves

Fidèle au roi et à la foi catholique, comme le proclame sa devise "Fides", il joue cependant un rôle modérateur durant la Saint-Barthélemy en sauvant le prince de Condé et Louis de Navarre. Gouverneur en Picardie, ambassadeur à Rome, président de la commission des finances puis commandant de l'armée des Flandres, il est un des principaux personnages du règne d'Henri IV. Cependant, son destin national ne l'empêche pas de se consacrer à son duché et surtout à sa ville, relayé par Henriette plus souvent présente à Nevers. Louis fit conjointement avec son épouse en 1588 une fondation pour marier chaque année dans chaque ville de ses terres et seigneuries soixante pauvres filles, ce qui les rendirent très populaires ici dans la région. A la mort de Louis en 1595, Henriette (ci-dessous), princesse très fortunée, gère le duché jusqu'en 1601, puis leur fils Charles leur succède.

Henriette de Clèves

 

Ci dessous: armoiries de Louis de Gonzague et Henriette de Clèves avec la devise « fides » pour la fidélité au roi, le mot « olumpos » : pour le mont olympe (élévation de l'esprit), un aigle ( support de la maison de Mantoue) et le cygne (celui de la maison de Clèves).

 

 Armoiries de L. de Gonzague et H. de Clèves

Ces armoiries se retrouvent naturellement sur la façade du palais ducal à Nevers, en face de la cathédrale où fut inhumé Louis de Gonzague. La tombe est désormais à Mantoue.

Palais ducal à Nevers 

 

 

 

 

IL SE MARIERENT ET EURENT BEAUCOUP D'ENFANTS

 

Des trois enfants, le cadet nous intéresse ici (portrait ci-dessous). Il s'agit de Charles 1er né en 1580, duc de Nevers, de Rethel, Prince d'Arches, duc de Montferrat et duc souverain de Mantoue. Il joue aussi un rôle important à la cour de France. Il est célèbre pour avoir fondé la ville de Charleville. A Brezolles il voulut empiéter sur les droits de justice d'Urbain de Morais, seigneur « en partie ». Celui-ci fait appel au roi et produit en 1619 les copies d'anciens aveux où les droits de chacun des co-seigneurs sont biens définis. Le roi tranche en faveur du sieur Morais. A la mort de Charles en 1637, La principauté de Mantoue (Brezolles et Senonches) revient d'abord à ses deux filles en régence puis à son petit-fils, Charles III (1629-1665), lequel, plus attiré par l'Italie revendra ses domaines de France: Nevers est cédé au roi en 1665, tandis que Senonches et une partie de Brezolles sont vendus dès 1654 à François Marie, comte de Broglie.

 

 Charles 1er de Gonzague

Statue de Charles I de Gonzague à Charleville-Mézières >>Charles 1er de Gonzague

 

UN PEU D'HERALDIQUE

 

 Blason de Brezolles

 

Le blason qui a été choisi il y a quelques dizaines d'année pour représenter Brezolles est inspiré de celui des Gonzague : « d'argent à la croix pattée de gueules, cantonnée de quatre aigles de sable, becquées et membres de Gueules, chargée d'un écu écartelé, au premier et au quart de gueules au lion d'or, au second et au tiers d'or à trois fasces de sable. »

 

Lexique :

Gueule = rouge

Sable = noir

Argent = blanc

Or = jaune

L'origine de ce blason est la suivante :

 

 

 Blason de MantoueBlason de Gonzague après 1432Blason de la maison GonzagueBlason des Gonzague après 1530, marquisat de MantoueBlason des gonzague Nevers                                                                      

 

 

                     1                                        2                                          3                                      4                                           5 

1 : blason de Mantoue

2 : blason des Gonzague après 1432                                                             

3 : blason de la maison de Gonzague

4 : blason des gonzague après 1530, marquisat de Mantoue

5 : Blason des Gonzague Nevers

 

Le blason gagne en complexité au fur et à mesure des unions et de l'extension des possessions.

Vue de Brezolles depuis l'ancienne voie romaine 

LA SEIGNEURIE D'ALLEGEANCE

En parallèle avec les princes de Mantoue qui avaient surtout une influence administrative et fiscale distante, se trouvait une lignée de petits seigneurs locaux beaucoup plus proche de la population. Ces familles nobles avaient toutefois des liens étroits avec les grands personnages de la cour du roi.

La recherche de document sur ces seigneurs est plus difficile car souvent parcellaire et certains homonymes brouillent les pistes.

Ces seigneurs « en partie » partagent donc le pouvoir avec les ducs de Mantoue. Ils le font d'abord en signant un « aveu », acte par lequel ils rendent allégeance à leur suzerain. Cela n'empêche pas certains désaccord parfois sur des points de justice.

Lors de la constitution de la principauté de Mantoue, nous trouvons Olivier d'Aché, écuyer sous le règne de Henri II, issu d'une ancienne famille de la région.

 

LES SIEURS MORAIS DE BREZOLLES:

 

Blason des MoraisBlason des Morais : d'or, à six annelets de sable.

 

Jacques de Morais devient seigneur de Brezolles « en partie » par son mariage avec la fille d'Olivier d'Aché : Marguerite, dame de Brezolles. Des actes mentionnent leurs noms de 1570 à 1579.

Urbain de Morais, fils de Jacques, épouse en 1604 Françoise d'Angennes issue d'une famille de noble maison comprenant des membres comme le marquis de Rambouillet ou le marquis de Maintenon. Urbain de Morais a les titres de Chevalier, et seigneur de Jaudrais ( ou Joderais), Laons, Fortisle et Brezolles en partie. Des actes le concernant datent de 1604 à 1628 dont un démêlé avec Charles de Gonzague. Il décède en 1635.

Nicolas de Morais, écuyer, fils aîné du précédent, épouse en 1631 Marguerite de Sévigné (sœur de Henri, marquis de Sévigné, époux de la célèbre marquise). Il possède en plus des seigneuries de son père un fief près de Caen où il réside fréquemment. Nicolas et Marguerite auront trois enfants dont François (seigneur de Brezolles), Marguerite de Morais (abbesse de l'abbaye de St Sulpice la Foret) et Jacques (comte de Brezolles). Marguerite meurt en 1652 et est inhumée dans l'église de Brezolles.

François de Morais, chevalier, marquis de Brezolles, capitaine enseigne des gendarmes de Monsieur, duc d'Orléans, fils de France, frère unique du roi. Avec son épouse Urbanne de Doré, ils vendent la part et portion de la terre et seigneurie de Brezolles au comte François Marie de Broglie. En payant leurs dettes ils mettent fin à la division des deux parties de Brezolles qui se retrouvent dans la famille de Broglie. C'est en même temps la fin de la principauté de Mantoue par le départ de Charles III de Gonzague.

 

 Rue Mantoue à BrezollesRue Louis de Gonzague à BrezollesRuelle Mantoue à Brezolles

Deux rues, une ruelle et une venelle de Brezolles en souvenir de ce passé...

Jean-Luc JOUANIGOT

            

 

 

 

 

 

Dimanche 25 Juin 2017