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LE PRIEURE DE BREZOLLES 1060-1789

Le prieuré de Brezolles 1060-1789

 

Cet article est une compilation des connaissances sur le sujet, pour la plupart issue du recueil d'Edouard Lefèvre édité en 1852-53, basé sur des archives maintenant consultables en ligne, dont le Cartulaire de l'abbaye Saint-Père de Chartres.
Nous allons voir pourquoi et comment un prieuré s'est installé à Brezolles, petit poste avancé de défense contre l'ennemi normand, des seigneurs du Thimerais, depuis l'an mille, et comment il a contribué au développement économique du bourg.
A Brezolles, alors qu'un château s'élève en premier, pour arrêter les incursions de hordes barbares qui viennent piller les terres, l'église puis le prieuré se construisent sous ses murs, comme pour y chercher aide et protection. A la base, un prieuré est un bâtiment indispensable à la vie communautaire. Il comporte généralement autour d'une cour : un cellier près des cuisines, un dortoir commun proche (ou contre) l'église, un logis pour les hôtes, une infirmerie et un atelier de travail.
En même temps que le seigneur rassemble autour de lui les moines pour leur demander des remèdes aux blessures de l'âme, ils construisent une léproserie pour assurer à leurs vassaux les remèdes du corps. Suivront les fours, l'étang, les moulins, la foulerie, la tannerie, etc. C'est ainsi que prospère Brezolles.

 


Prieuré dépendant d'une abbaye. Le prieuré est généralement créé par une abbaye plus importante sur un domaine foncier qui lui a été donné. Il est desservi par des moines issus de cette abbaye, qui le gèrent sur place et qui envoient en contrepartie les revenus à leur abbaye. Les prieurés sont dotés d'églises entretenues par l'abbaye-mère. La règle appliquée est soit définie par Saint Benoît (bénédictins), soit par Saint Augustin. Il coexiste deux types de prieurés. Le prieuré dit simple, ou rural, sous la dépendance directe de son abbaye. Egalement (c'est le cas pour Brezolles), le prieuré conventuel, qui peut compter sous sa dépendance directe d'autres prieurés ruraux.


 

Histoire du prieuré de Brezolles


Avant 1060, Albert Ribauld (ou Albert-le-Riboud), vassal du roi de France, des comtes de Chartres, Dreux et du Perche, donna de grands biens à l'abbaye Saint-Père de Chartres, ordre de Saint Benoît. Sa magnificence et sa piété égalait, dit-on, son courage. Désirant avoir près de lui des moines de l'abbaye Saint-Père, il alla trouver le roi Henri à Dreux qui était alors à son château, et le pria de l'autoriser à donner aux dits religieux l'église de Brezolles que son père avait fait construire en l'honneur de Saint Germain, évêque d'Auxerre.

 


Ci-dessous :Abbaye Saint-Père.
(Il faut d'ailleurs comprendre Saint-Pierre). Elle a été créée au VIIème siècle et se situait, à l'origine, à l'extérieur des murs de Chartres. Des moines, en 840, sont en conflit avec l'évêque, et se réfugient à Saint-Germain d'Auxerre. Faut-il y voir là l'origine du nom de l'église primitive de Brezolles et de son prieuré? L'abbaye devient bénédictine en 954 et forma un bourg distinct de Chartres avant d'être englobé par les nouveaux remparts au XIIème siècle de cette ville en expansion. Elle avait sous sa tutelle 24 prieurés (dont celui de Brezolles) et 80 cures. A sa dissolution lors de la Révolution, il ne restait que 8 moines, avec un revenu conséquent. Il n'en reste aujourd'hui qu'une tour carrée fortifiée servant de clocher.


 

 

Henri, après en avoir conféré avec l'évêque de Chartres, dont relevait en fief l'église de Brezolles, consentit à Albert la liberté de laisser à l'abbaye tous les biens qu'il lui plairait de donner, que les moines qui demeurent à Brezolles puissent mener une vie tranquille, exempte de tous soins du siècle, et prier Dieu en toute sûreté jour et nuit. Il condamne à payer 50 livres d'or l'insensé qui oserait les troubler dans leurs possessions. C'est ainsi qu'Albert, désirant acquérir les biens célestes, donna à l'abbaye Saint-Père de Chartres, du consentement de Adelaïse, sa chère épouse et pour le salut de leurs âmes et celles de leurs parents, l'église de Brezolles. Il la donna exempte de toute controverse, avec le cimetière, les droits de sépulture et la dîme dont il jouit présentement, de manière que les religieux tiennent et possèdent éternellement cette église. Il abandonne les cens du bourg avec la dîme du marché (légumes et fruits), enfin la poignée de sel qu'on prélevait sur chaque marchand saunier. Il sera donné aussi deux parties du four construit dans le bourg, des arpents de terre et bois pour leur seule utilisation à leur profit, à condition que les moines prient pour lui et les siens. Albert veut qu'on exige des moines ou des hommes de leurs terres ni coutume, ni viguerie, ni ban, ni corvée, ni expédition, afin que les moines s'occupent seulement de leurs prières. Les droits seront confirmés après la mort du roi Henri (le 4 avril 1060) auprès son jeune fils Philippe, le nouveau roi. D'ailleurs ces actes n'étaient valables que lorsqu'ils avaient été solennellement et publiquement confirmés devant le portail de l'église Saint-Vincent de Dreux.

 


Ci dessous: ancienne église Saint-Vincent. Elle se trouvait au château de Dreux. Jusqu'en 1383, devant son portail se passaient les affaires importantes : une charte n'était valable que si elle était annoncée devant ce portail. Au XVIème siècle, elle n'est plus qu'une chapelle puis elle est transformée en poudrière. Sous le siège de Dreux par Henri IV, les maisons voisines sont abattues pour servir d'esplanade à canons. La chapelle se délabre. Il n'en reste qu'un puit.


 

Lorsque les moines de Saint Père furent possesseurs de l'église de Brezolles par libéralité d'Albert, il leur parait utile d'y construire un étang.
Selon le cartulaire de Saint-Père, le prieur de Brezolles y possédait non seulement les droits de justice, les droits de taxes, le prieuré, l'étang et les deux moulins, des prés et jardins, des rentes sur des maisons, mais aussi des terres et censives sur les villages voisins (Beauche, Bérou, les Châtelets, Crucey, Fessanvilliers, Rueil, St Lubin des Joncherets et Vitray).
Avant 1090. Hugues 1er de Châteauneuf, seigneur de Brezolles, demande aux moines de Saint-Père de lui céder une terre qu'ils possèdent auprès des maisons des lépreux pour y faire un bourg. Les religieux le lui accordèrent moyennant une redevance envers leur église de Brezolles, et une place pour y construire un four, à condition que le fournage et la mouture du bourg leur appartiennent, c'est-à-dire que les habitants du château et du bourg ne pourraient ni moudre ni cuire qu'aux moulins et aux fours des religieux.
Gervais, seigneur de Brezolles (de 1090 à 1140), donne en 1107 un four et l'aire de la maison qui était construite au-dessus. Il donna plus tard aux religieux la moitié d'une tannerie qu'il avait à Brezolles, et l'eau nécessaire pour l'exploiter.
Vers 1100-1135. Les religieux délivrent Amalguin, l'un des bienfaiteurs de l'abbaye de Saint-Père, qui était détenu dans la prison de Brezolles pour une dette, en échange d'une partie de moulin de l'étang d'Armentières avec ses droits pour dix ans.
1102. Les moines reçoivent en don de M. Landry, la moitié d'un four sis à Brezolles, contre prières pour le salut de son âme et de son épouse Hildeburge.
1101-1129. Le cartulaire mentionne les noms de plusieurs prieurs de Brezolles : Moyses, Raimbertus, Huberto, Rainerius, Helias. Il y avait aussi des prévôts, établis en dehors, dans les principales terres de l'abbaye pour les administrer. Ils devaient acquitter une redevance pour aider les moines à célébrer dignement la Pentecôte. Ils donnaient aussi une rente annuelle à l'abbaye pour l'entretien de la bibliothèque.
1151 : incendie du château de Brezolles par Henri II, roi d'Angleterre, en représailles, après que le roi de France Louis VII ait assaillit la Normandie.
1159 et 1168 : Brezolles se trouve à nouveau incendié, prise entre les assauts des rois de France et d'Angleterre.
1200. L'évêque de Chartres, prenant en pitié l'extrême pauvreté du prieuré de Brezolles fait remise aux religieux de la procuration qu'ils devaient chaque année.
1235. Hervé, seigneur de Brezolles (de 1215 à 1135), au retour d'un pèlerinage en Terres-Saintes, fit de grandes largesses à l'abbaye de Saint-Père et au prieuré de Brezolles.
Des contestations fréquentes s'élevaient entre le prieur et le seigneur de Brezolles au sujet de leurs droits respectifs sur cette châtellenie. Un accord intervint entre eux en 1235 et régla les droits en faveur du prieur relatifs à l'étang (usage et pêche), aux fours, aux moulins, au chemin perré, à la poterne (qui forme l'entrée du prieuré en limite du fossé du château : droit de fermeture), aux portes du bourg (fermeture en cas d'attaque), à la place Agazalaes et son pont (exemption de toute charge), aux murs du château (partage des frais de réparation en mitoyenneté), aux bâtiments du prieuré (toute construction est possible dans la mesure où elle n'empêche pas l'accès aux murs défensifs du château).
1245. Une bulle du Pape Innocent IV accorde au prieur de Brezolles de ne payer aucune pension ou bénéfices ecclésiastiques, sans un ordre exprès du Siège apostolique.
1251. Un accord entre les religieux de Saint-Père et le curé de Brezolles par lequel les dits religieux cèdent au curé des parts des offrandes de l'église contre paiement d'une somme à la Pentecôte et à la Toussaint. La plupart des autres dîmes reviennent aux religieux.
1266. Hugues du Chastel, seigneur de Brezolles, donne aux moines du prieuré de Brezolles les fossés de son château, formant la clôture du monastère.
1285. Don important au prieur de Brezolles par la veuve de Jean de Maucuvert, écuyer, de toutes les acquisitions que son mari lui avait donné de son vivant.
1296. Le prieur de Brezolles achète une maison avec ses dépendances, située entre l'étang et le chemin menant au moulin du prieuré.
1322. Hugues, seigneur de Brezolles donne aussi aux religieux une autre partie de ses fossés et une tourelle, afin de pouvoir s'agrandir.
1332. Gilbert de Tillières abandonne au prieur de Brezolles la taille d'une foulerie située à Brezolles, pour le salut de son âme.
1336. Les donations aux prieurs se succèdent comme celle-ci, notable, du curé de Brezolles, d'une grange située Porte du Perche.
1347. Le prieur de Brezolles exerçait, comme on l'a vu, la justice dans toute l'étendue de son prieuré. Toutefois cette justice était subordonnée. Par exemple, il eut besoin du consentement de la comtesse d'Alençon, Marie d'Espagne, pour relâcher un voleur de pourceaux qui avait été condamné à la prison.
Vers 1500. L'ancienne église est agrandie de deux travées et d'un nouveau clocher. Sachant que la limite du prieuré se trouvait au niveau du contrefort nord de la porte, il se pourrait que la partie de mur de la façade coté cimetière appartenait à un des bâtiments du prieuré, et aurait été inclus dans la nouvelle église.

 


Photo de la façade ouest de l'église : elle est en pierre de taille, sauf à gauche où le mur a un aspect plus ancien (silex et grison). Sans doute un reste de murs du prieuré réutilisé.

De même sur la partie nouvelle de la nef, on retrouve cette hétérogénéité dans la maçonnerie (épaisseur et matériaux).


 


1518. Les documents relatifs à notre sujet deviennent rares. A cette date, il est signalé que maistre Pierre Consceret, licencié en droit, archidiacre de Bruges en l'église de Tournay et chanoine du lieu, prieur commendiaire du prieuré de Brezolles, baille à titre de ferme et loyer d'argent, pour 59 ans à sire Jehan Davy, seigneur de Bahuville (proche de Saint Lubin de Cravant), demeurant à Brezolles, l'étang avec moulin à blé, et un jardin où est édifiée une grosse forge.
Les registres de la commune de Brezolles ne remontent pas au-delà de 1571.
1737. Malgré les réclamations véhémentes du prieur de Brezolles, Nicolas de Bouillet, qui veut obliger tous les habitants à venir faire moudre leur grain à ses moulins de l'Etang et de Groslu, mademoiselle de la Roche-sur-Yon alors seigneur du Bourg, achète ces deux moulins contre une rente.
1775. Il est précisé dans un document qu'il existe encore à Brezolles la maison et le bâtiment d'un prieuré de bénédictins supprimé dont le bénéfice actuellement conventuel vaut 6000 livres au titulaire, M. l'abbé de Marboeuf qui est le prieur actuel. Par « supprimé » il faut entendre qu'il a cessé d'être conventuel, et les biens qui en dépendaient furent attribués à des prieurs commendataires qui les affermaient, et en touchaient les revenus.
1788. Cinq baux passés par les fermiers généraux du prieuré de Brezolles attestent qu'il existait encore à cette époque ; le dernier est en date du 26 décembre 1788.
1789. La Révolution met fin à tous les ordres religieux. Les biens ecclésiastiques sont confisqués et mis à la disposition de la Nation. En échange, la Nation pourvoie aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres. Les biens du prieur qui ont été saisis consistaient en un verger, la maison du four à ban, des bois et des terres et prés. Il y avait aussi tout l'espace compris entre la rue Malpeine et l'église, soit 75 ares. Là se trouvait la maison prieurale, comprenant au rez-de-chaussée une cuisine, un office, deux chambres à feu et un fruitier. Au premier étage: une salle à manger, une salle de compagnie, une chambre à coucher et un cabinet froid. Au second étage : deux chambres à feu et deux cabinets froids. Dans le grenier : quatre petites chambres de domestiques. Enfin sous la bâtisse : une cave. A l'extrémité nord : des latrines et un puits. Deux bâtiments annexes abritaient les granges, les écuries, les étables, les remises, la foulerie et le poulailler. Une grande cour centrale s'ouvrait par deux portes cochères sur la rue de l'Eglise et sur la rue Malpeine. Dans le jardin derrière se trouvait enfin une citerne et un colombier.
1791 (avril). Vente de tous ces biens aux enchères, dont le prieuré à Charles Godemer, François Prévost et Jean Edmé Samson, marchands à Brezolles, pour 4300 livres. Ces nouveaux propriétaires vont condamner la petite porte qui permettait autrefois aux moines de passer directement du prieuré au chœur de l'église pour les différents offices. On voit encore aujourd'hui le mur en silex qui ne laisse voir que le haut de cette porte. A l'intérieur, le curé de l'époque, dissimule cette porte avec des stalles.


1808. Devenue propriété privée, l'ancien prieuré qui borde au nord et à l'ouest l'église, devient gênant pour l'entretien de celle-ci. C'est ainsi que les propriétaires donnent à l'Eglise la portion de terrain permettant son désenclavement.

1837. Plan cadastral de Brezolles, dit cadastre napoléonien. On retrouve ici les éléments existants à cette époque. Seule une partie de la grange existe de nos jours.


La grange:

 

1852-53. Le prieuré n'est plus signalé dans le descriptif de la commune. Un plan de cette époque indique que l'un des quartiers de Brezolles porte encore le nom de Prieuré. Il est alors habité par 27 habitants. Il incluait la rue de l'Eglise et la rue du Moulin-de-l'Etang.
Après 1870, le quartier comprenant le site de l'ancien château et du domaine du prieuré va beaucoup changer. Le cimetière alors contre l'église au nord-est, devient trop petit.
1878-1887. La municipalité achète les terrains de l'ancien prieuré pour agrandir le cimetière. Un projet de cimetière extérieur au bourg est rejeté, face à l'hostilité des brezolliens.
Aujourd'hui, il ne reste rien du prieuré, le cimetière ayant recouvert les lieux. Le chemin derrière ce cimetière et longeant la rivière porte cependant encore le nom de promenade du prieuré.


Le mur de clôture de l'ancien prieuré:

 

La rue du Bois du Prieuré qui débouche dans la rue de Saint Rémy évoque sans doute une ancienne possession des religieux.


Conclusion : selon un schéma classique d'implantation de religieux dans les campagnes, les moines ont été un facteur de développement économique, par la diffusion des progrès de l'agriculture, par le passage du servage au vasselage, par une certaines vie intellectuelle aussi, malgré la rudesse de la vie contrariée par les guerres, famines et autres épidémies.


Jean-Luc Jouanigot (jean-luc.jouanigot@orange.fr)

Article paru dans le Bulletin Municipal de Brezolles en décembre 2015.

 

Dimanche 25 Juin 2017